L'heure de massage
- Démarrez-vous l’heure de massage lorsque le client se présente ou à l’heure prévue?
• Terminez-vous vos sessions à l’heure prévue?
- Avez-vous observé des raisons personnelles pour vos retards ou vos sessions plus
longues ?
- Vous décidez que la session sera plus longue que prévu, demandez-vous un supplément
? Si oui, comment négociez-vous avec le client ? Si non, quelle est votre limite
de temps pour une session plus longue que prévu?
- Votre heure de massage inclut-elle le temps qu’utilise le client pour discuter au
début et en fin de session, pour se déshabiller, s’habiller, payer et prendre un nouveau
rendez-vous ?
- Votre session peut-elle durer entre 1 h 15 et 1 h 30, pour le même tarif, selon ce que
vous allez travailler ?
À la suite du premier
article, plusieurs
collègues m’ont communiqué
leurs réflexions sur
leur relation avec l’argent.
Certains ont réalisé
être assez à l’aise avec
l’argent, d’autres ne pas
se sentir tellement
hommes ou femmes d’affaires.
S’ils trouvent cette
relation difficile, ils
adorent néanmoins leur
métier ! Les questions en
fin d’article ont eu l’effet
d’un miroir : parfois confrontant,
parfois réconfortant.
Si ces questions
ont aussi suscité votre
réflexion, j’aurai atteint
un objectif !
Les questions d’argent sont délicates
et touchent une corde sensible. Socialement,
l’argent a un sens dépassant largement
sa valeur monétaire. Les personnes
sont souvent jugées à partir de leur
revenu : si vous gagnez beaucoup, vous
êtes important et « valez » davantage
qu’une personne gagnant moins. C’est
malheureux. Comme praticiens en santé,
nous participons aussi à cette dynamique.
Produits de notre culture, nous évaluons
parfois notre être à l’aune de nos revenus.
De là la difficulté commune à parler de
notre rapport à l’argent.
En discutant avec des praticiens
débutants, j’ai réalisé qu’ils débutent,
justement, dans un contexte social bien
différent de celui qu’ont connu les plus
anciens dans leurs premiers pas. Pour eux,
le massage est un métier comme un autre.
Oui et non. Oui : la massothérapie a
gagné ses lettres de noblesse auprès de
la population. On peut donc envisager de
faire carrière dans ce métier. Et non : ce
n’est pas un travail comme un autre. C’est
un métier d’aidant, avec toute la complexité
et le don de soi que cela exige. Pour
d’autres débutants, c’est une deuxième
carrière ou un travail d’appoint. Il en
ressort que la relation avec l’argent variera
énormément que l’on soit débutant,
jeune ou moins jeune, ou praticien expérimenté
! Vous comprendrez l’impossibilité
de refléter la totalité des points de
vue dans un tout petit article... La diversité
des individus et des pratiques étant
posée, j’aborderai maintenant les mouvances
de la balise « tarif » de notre cadre
de travail.
On est en business !
Qui prévoyait, en s’engageant dans
sa formation en massage, que la relation
commerciale, élément de notre cadre de
travail, ferait aussi partie de la relation
thérapeutique ? On pourrait croire que la
« vraie relation » est celle où nous massons
ou écoutons notre client, la relation commerciale
n’étant qu’un indésirable inconvénient.
Pourtant, être dédommagé pour
un service fait partie des « règles » implicites
(non dites) d’un échange : le client
est rassuré quand il sait à quoi s’attendre
en termes d’investissement et d’engagement.
Établir les repères commerciaux de
notre échange, c’est poser un cadre sécuritaire
pour nous et pour notre client.
Bien délimité, le cadre sert d’appui au
praticien chevronné ou débutant.
Nous posons notre balise « tarif » en
établissant nos honoraires. Elle évolue au
fil de notre pratique. L’augmentation du
tarif, les arrangements spéciaux et notre
politique d’annulation en représentent les
mouvements. Plus subjectivement, certaines
transitions mettent à mal certains
d’entre nous : le passage du rôle de « personne
aidante » à celui de « travailleur » recevant
un paiement pour son service est
parfois difficile. La transition rapide d’un
état de conscience de compassion et d’écoute
à l’égard de notre client à celui de
conscience plus « commerciale » n’est pas
toujours facile... Il peut être malaisé pour
nous d’insister pour être payé après avoir
été remué par notre client. Ces divers
changements sont inévitables et pas toujours
aisés ! J’en aborderai quelques aspects,
tracerai des pistes de réflexion et
relaterai quelques solutions recueillies
auprès de collègues. Une autre transition,
celle du statut d’étudiant à celui de praticien
agréé demande aussi des ajustements,
dont l’établissement du tarif.
Établir votre tarif
Sur quels critères baser votre tarif ?
Une question épineuse pour les débutants
! Certains nouveaux ajustent leur tarif
à celui du marché des alentours, y compris
à celui de praticiens plus expérimentés.
D’autres optent pour un prix plus bas, prétextant
qu’ils débutent et estiment ainsi
mieux se créer une clientèle. L’article 45 de
notre code parle d’honoraires raisonnables.
Que sont des « honoraires raisonnables » ?
Il s’agit d’honoraires raisonnés, c’est-à-dire
basés sur la compétence : formation et expérience.
À cela j’ajouterais le quartier où
on travaille et notre clientèle ciblée.
Plusieurs s’étonnent de voir des débutants
avoir le cran d’exiger le même tarif
qu’un praticien expérimenté. Un débutant
peut-il donner un aussi bon service, peuton
se demander ? « La valeur n’attend pas le
nombre des années » dit le proverbe. Qu’un
débutant demande le même prix, soit ! S’il
peut « raisonner son tarif », le baser sur de
la compétence, un tarif élevé est acceptable.
Par ailleurs, les années de pratique
ne garantissent pas un bon rapport qualité-
prix. Dans le contexte actuel, plusieurs
jeunes débutants s’attendent à être mieux
payés que leurs prédécesseurs. L’avenir leur
dira s’ils ont eu tort ou raison dans leur décision.
En établissant votre tarif, incluez les
coûts directs et indirects de votre pratique
: les coûts du local, du téléphone, des
assurances, des huiles, des permis et de
votre site web. Vous pourriez garder ce prix
pour un an ou deux et l’augmenter avec
l’expérience.
Demander un tarif adéquat indique
que vous prenez votre travail au sérieux.
Votre tarif influencera comment vous vous
sentez à propos de votre travail. Demander
le prix fort : il faut l’assumer. Demander un
tarif trop bas : peut-être sous-estimez-vous
la valeur de votre service ? Assurez-vous de
demander suffisamment pour ne pas nourrir
de ressentiment (frustration ou colère)
envers votre client. Il est difficile de travailler
le coeur ouvert avec le sentiment
d’être sous-payé. Demandez un tarif
équitable. Le client ressentira votre malaise,
ou votre aisance, relativement à votre tarif.
Augmentations de tarif
En phase avec les augmentations diverses
qui nous assaillent, elles varient considérablement
d’un thérapeute à l’autre.
Une augmentation de cinq à dix dollars plus
ou moins aux deux ans est commune. Aussi,
elles se préparent. Plusieurs suggèrent d’avertir
le client, verbalement ou par affichette,
quelques mois d’avance afin qu’il puisse
budgéter et se faire à l’idée de la hausse.
Une motivation à augmenter ? L’ajout
de formations, le cumul d’expérience, le fait
« qu’il y a bien longtemps que je n’ai pas
augmenté », la participation à un colloque
où on discute de prix avec nos collègues.
De plus, les périodes de Noël et de la rentrée
scolaire sont propices à une augmentation.
Ce qui retarde l’augmentation ? Pour
diverses raisons, demander pour soi peut
occasionner un malaise ; on peut douter,
par exemple, de la valeur de notre service.
Il devient ardu de prendre parti pour soi.
Voir un client mécontent peut être difficilement
tolérable. On peut se demander
si le client reviendra, s’il connaît bien notre
service et s’il y sera fidèle. On fait aussi des
arrangements spéciaux.
Il s’agit de la diminution temporaire ou
continue du tarif, du non-paiement pour
une période délimitée ou pas, d’une gratuité
et d’une échelle de tarifs selon le
revenu du client. Quantité de facteurs influencent
de telles décisions ! Ils foisonnent
: ce client est-il un habitué et sa
fidélité nous procure une base de revenus?
Est-il en baisse temporaire d’argent et j’ai
confiance en lui ? En arrivons-nous à des
résultats qu’il serait triste d’abandonner
par manque d’argent? Ai-je envie de faire
un cadeau à cette personne ? Pourquoi ? Si
elle demande un moindre tarif, est-ce difficile
pour moi de dire non ? Pourquoi ? Pour
ne pas agir en sauveur, ou commandé par la
peur, il faut connaître notre motivation aux
arrangements spéciaux.
Plusieurs praticiens disent ne jamais
discuter du revenu de leurs clients. Ils affirment
ne pas vouloir être leur « banquier »
et maintiennent un tarif identique pour
tous. D’autres donnent une marge de
manoeuvre (sinon de crédit) à leur client.
Nombre de massothérapeutes acceptent
quelques clients à moindre prix. Ils tolèrent
cependant un pourcentage limité de clients
qu’ils accommodent. Après tout, ils doivent
gagner leur vie !
Des exemples
d’accommodements
- Vendre une série de sessions, à prix inférieur
si le client accepte de venir une
fois par mois, par exemple.
- La « technique de l’enveloppe » : remettre
une enveloppe pré-adressée au client en
difficulté. Lorsqu’il pourra payer ses
séances, il enverra son paiement par la
poste.
- Une cliente ne peut payer que 30 $ ?
L’informer de notre tarif et lui offrir 20
ou 30 minutes de massage, s’il est possible
de l’insérer dans notre horaire. Ou
encore, les écoles ont toujours besoin de
volontaires lors des stages d’étudiants.
Elles prodiguent un service sécuritaire,
sous supervision de professeurs qualifiés.
Les connaissez-vous ?
Session manquée
Vous avez une session de prévue à
15 h. Vous n’êtes pas au cinéma, à faire
votre sieste ou encore dans une formation.
Votre temps est réservé. Vous avez tout
préparé : la salle est propre et réchauffée, la
table est mise, vous avez relu le dossier ou
remémoré l’historique de santé. Et puis...
pas de client. Pas d’avis... rien. Une session
manquée est un coup dur pour le
thérapeute manuel.
Peu de clients ont réfléchi au fait que,
s’ils ne se présentent pas, vous perdez un
revenu, votre salaire. Une politique d’annulation
les informe de ce fait. L’article 47
de notre code nous permet une politique
d’annulation. Il requiert que le client soit
informé de nos dispositions à cet effet : à
moins de 24 ou de 48 heures d’avis, on
peut demander la totalité du montant. Certains
praticiens ne feront pas payer le
client à la première annulation sans préavis.
D’autres disent qu’en étant présents
et prêts, ils ont rempli leur part du contrat
et demandent la moitié du coût.
Certains massothérapeutes se sentent
mal de demander un paiement alors qu’ils
« n’ont rien fait », pas fait de massage.
Cependant, ils ont perdu le temps pris
pour préparer la salle et eux-mêmes en
plus des 15 ou 20 minutes nécessaires
pour réaliser l’absence du client. Même en
travaillant chez soi, une session annulée,
c’est de l’argent et du temps perdus.
Difficile à maintenir avec un client de
passage, notre politique peut s’appliquer
à un client engagé dans le processus de
massothérapie proposé par nous. Une session
ne suffit pas à régler des problématiques
de longue date. Si nous le croyons
nécessaire, nous pouvons proposer
quelques séances. Le client serait davantage
engagé dans sa démarche et plus à
même de respecter notre politique.
Un client annule avec l’alibi d’une situation
d’urgence. Qu’est-ce qu’une « authentique
» situation d’urgence ? Plusieurs
la définissent comme le décès d’un proche
parent ou l’hospitalisation du client. Les
réunions d’affaires qui n’en finissent pas,
par exemple, sont prévisibles et ne constituent
pas une situation d’urgence !
Beaucoup d’entre nous trouvent difficile
de maintenir une politique d’annulation.
Ils ne veulent pas inquiéter le client et
rationalisent le problème. Ils se disent que
même avec un avis, ils n’auraient pas pu
remplir la plage-horaire laissée vacante. On
peut se demander comment il est possible
de travailler avec compassion avec un client
qui ne respecte pas notre temps ? Et puis,
si nous sommes fâché qu’un client annule
sans en défrayer les coûts, comment pouvons-
nous avoir une attitude d’ouverture
et travailler avec lui sans arrière-pensée?
Comment raisonner cela pour soi-même?
En termes d’annulations, la courtoisie
va aussi dans les deux sens. Informez vos
clients que si, par exemple, vous annulez à
moins de 24 heures d’avis, vous leur offrirez
soit un rabais ou une gratuité lors de
leur prochaine séance.
Pour voir diminuer les sessions impayées,
informez votre client de votre politique
dès le départ. Parfois une entente
verbale peut suffire. Certains praticiens
disposent d’un formulaire maison où le
client signe l’entente d’annulation ou
quelque autres conditions nécessaires à
votre travail.
En tant qu’aidants, on peut se sentir
coupables de s’intéresser à l’argent. S’il n’y
a pas de mal à travailler à la création d’un
monde meilleur, il n’y a rien de mal non
plus à vouloir être payé adéquatement
pour notre travail. En massage, le client
paie pour notre temps. La compassion, elle,
est gratuite !