Accueil
Plan
Agenda



 

50  o u  60  m i n u t e s   d ' e x t a s e . . .

L'heure de massage

          Nous désirons tous créer une ambiance professionnelle pour nos massages. Nos techniques, notre langage, notre posture de thérapeute travaillent pour nous en ce sens. Notre professionnalisme passe aussi par le respect de l’heure. Terminer la session à l’heure y contribue beaucoup. Nos clients, souvent parents ou gens d’affaires pour qui le massage est une échappée temporaire hors du tourbillon de la vie, veulent savoir à quoi s’attendre et prévoient leur temps en conséquence. Une session plus longue, et le client se demandera par exemple si la prochaine en sera raccourcie, ou s’il devra payer davantage, ce qui peut vraisemblablement le mettre mal à l’aise. Commencer à l’heure est tout aussi important. Si, par exemple, un client se présente tôt, c’est une bonne idée de lui indiquer la salle d’attente en l’informant que nous commencerons à l’heure prévue. Ce client a peut-être besoin de cette courte période pour ralentir et « se déposer ». Possiblement avons-nous aussi besoin de prendre soin de nous : retour des appels, étirements, rafraîchissements, lavage des mains. Il est urgent alors de ne pas se presser ! C’est donc une bonne idée de démarrer et de terminer à l’heure, même en début de pratique quand votre agenda n’est pas encore comblé !


Trop, c’est comme pas assez !

Notre stabilité en ce qui concerne le respect de l’horaire prévu a certains avantages. Si nous sommes toujours stable, nous pouvons alors questionner notre envie de déroger (écourter ou allonger la session) à notre règle avec tel ou tel client : est-ce que je sens de la pression pour performer avec ce client ? La tâche est-elle trop complexe et je ne suis plus sûr de moi ? Serait-elle hors de mon champ de compétence et je ne peux résoudre le problème ? Est-ce que je me sens envahi par les demandes de ce client et, ne sachant trop quoi faire ou dire, j’ai envie de couper court ? De plus, l’observation de notre goût de déroger à notre règle peut nous informer sur notre « feeling » général relativement à notre pratique. Si je donne du temps supplémentaire à chaque client, peut-être ai-je le sentiment de n’en faire jamais assez ? En allongeant de beaucoup une session, je ne fais peut-être pas confiance à mon travail, aux résultats escomptés après le massage ? À l’opposé, vouloir constamment raccourcir mes séances serait-il un symptôme de ma fatigue, de mon ennui ou de mes besoins en ressourcement personnel ou professionnel?


L’heure élastique
L’idée « d’être à l’heure » varie énormément d’un thérapeute à l’autre. C’est une question de personnalité, de culture et d’organisation personnelle. Pour plusieurs, 15 minutes de battement entre chaque session donne une marge de manoeuvre adéquate. Ils ont du temps pour régler les affaires courantes. D’autres préfèrent plus de temps pour écrire leurs notes, se dégager des émotions de la session et se régénérer par des exercices divers. Une session peut commencer à 6 h15 ou à la demie, peu importe, tant qu’elle démarre autour de l’heure prévue. Par ailleurs, « être constant » ne signifie pas être rigide pour autant ! Parfois nos quelques minutes de jeu entre les séances permettent au client plus lent de sortir de l’état altéré de conscience dans lequel l’a plongé le massage. Il s’agit de fabriquer notre liberté d’agir à l’intérieur d’un cadre établi mais souple.


Accommodements raisonnés courants*
N’étant pas faite que de principes raisonnés, la pratique nous entraîne quelquefois à adapter la « balise temps » de notre cadre. Voici quelques assouplissements communs dans notre métier. L’atteinte des objectifs du traitement nécessite quelques minutes supplémentaires imprévues ? En ce cas, je vérifie la disponibilité de mon client avec ces quelques phrases : « J’ai besoin d’un peu plus de temps que prévu. Nous terminerions vers 16 h10 plutôt qu’à 16 h, est-ce que ça vous va ? » Je répète l’heure où nous terminerons, car mon client a temporairement perdu ses repères habituels du temps. Je m’assure aussi de ne pas empiéter sur le temps réservé au client suivant. Le problème n’est pas résolu ? La pression de performer à tout prix, tant du client que de nous-même, nous incite parfois à nous acharner ou à nous juger incompétent. Plusieurs facteurs sont à considérer : notre travail a des limites, celles de nos techniques et du temps imparti. Pour régler le problème, il faut peut-être compter plus de temps ou une approche complémentaire à la nôtre ? Le client aussi a ses limites, tant dans les capacités d’assimilation du changement dans son corps et dans ses activités quotidiennes. Le client a vécu une expérience émotionnelle ou de la douleur ? Terminer la séance aux alentours de l’heure prévue maintient notre cadre de pratique. Prolonger la session, et il peut être tentant de sortir de notre champ de compétence si l’on n’est pas formé à l’accompagnement psychologique. Une séance qui s’éternise peut donner au client l’impression que nous sommes responsable de sa souffrance. Notre position est celle du massothérapeute travaillant au mieux de ses connaissances, dans un délai donné et qui tente de clore la séance dans le respect de son mandat et de son client. Un client développe l’habitude de demander un travail imprévu en fin de session ? Dix minutes avant la fin, nous pouvons lui demander s’il y a quelque segment auquel il aimerait qu’on apporte une attention spéciale. Un client arrive en retard à son rendez- vous ? Sans reproches, nous pouvons tabler sur le temps restant par ces mots : « Il nous reste 45 minutes pour votre massage. Nous pouvons relâcher plusieurs tensions dans cette période de temps. » Nous ne sommes pas des machines dont les fonctions s’éteignent en tournant le bouton à « off »! Dans notre art, car la massothérapie en est un, le respect du temps est chose délicate. Il est une balise qui contribue grandement à la sécurité offerte par notre cadre de travail. Le prochain article portera sur les échanges de services : quand nous portons tour à tour deux chapeaux avec nos clients. Vos idées, expériences et suggestions sont bienvenues.

 

* Inspiré de The Educated Heart : Professional Boundaries for Massage Therapists, Bodyworkers and Movement Teachers, de Nina McIntosh.


Écrit par Esther LAROSE, Psychologue

Aout 2009

 

 


www.cliniquealtermed.com © 2009